Epilepsie associée aux gliomes infiltrants de l’adulte

, par  Johan Pallud , popularité : 26%

IV. Epidémiologie

IV.1 Contexte épidémiologique

La fréquence des tumeurs cérébrales dans la population de patients épileptiques est estimée à 4% et le risque de survenue d’un gliome est accru chez les patients préalablement hospitalisés pour une crise d’épilepsie (131, 146). De plus, 10 à 15% des crises inaugurales chez l’adulte sont en lien avec une tumeur cérébrale (22, 61). Il est donc nécessaire de faire un bilan étiologique avec une IRM cérébrale après une première crise d’épilepsie focale chez un adulte et d’assurer un suivi attentif (130, 151).

L’épilepsie est un trouble fréquent chez les patients porteurs d’une tumeur cérébrale : elle est le symptôme révélateur dans 30 à 50% des tumeurs cérébrales primitives ; jusqu’à 50% des patients présenteront au moins une crise d’épilepsie au cours de l’évolution de leur tumeur (22, 66, 80, 131,146, 149, 151). Alors que l’épilepsie est un symptôme inaugural plus fréquent dans les gliomes infiltrants de bas grade de malignité que dans ceux de haut grade, la fréquence cumulée de l’épilepsie au cours de l’histoire naturelle de la maladie est similaire dans les gliomes infiltrants de bas grade et de haut grade de malignité (28, 131, 146). Ces particularités de l’épilepsie (révélatrice dans les gliomes infiltrants bas grade, terminale dans les gliomes de haut grade) constituent une caractéristique importante de l’épilepsie tumorale.

IV.2. Facteurs influençant le risque épileptique

Des facteurs influencent la survenue des crises d’épilepsie, si bien que certains patients porteurs de gliomes infiltrants ne présenteront jamais de crise épileptique au cours de leur maladie et qu’à l’inverse, d’autres patients en seront frappés.

Parmi les facteurs liés au patient, l’âge est lié au risque épileptique, la fréquence des crises étant plus faible chez les sujets âgés que chez les jeunes (22, 61, 66, 80, 163).Le sexe masculin augmente le risque épileptique (108, 129, 151).

Parmi les facteurs liés aux interactions entre l’infiltration tumorale et le tissu cérébral, un envahissement tumoral cortical est associé au risque épileptique (22, 26, 28, 45, 66, 80, 119,125, 146, 149, 151, 163). A l’inverse, les tumeurs profondes ont un risque moindre d’épilepsie (108, 138). La localisation tumorale est également associée au risque épileptique. Les tumeurs sont d’autant plus épileptogènes qu’elles sont corticales, volumineuses et sus-tentorielles (22, 26, 28, 45, 66, 80, 119, 125, 163). Dans une série récente de 1509 gliomes infiltrants de bas grade, le risque de crises au diagnostic était principalement lié à la localisation anatomique proche d’aires fonctionnelles (108).De nombreuses variables comme le volume tumoral, l’invasion corticale, la vitesse de croissance, le sous-type histopathologique, le taux de prolifération et les marqueurs moléculaires n’étaient pas significativement associés à un risque épileptique accru(108). La variation du risque épileptique en fonction de la localisation lobaire peut s’expliquer d’une part par une répartition anatomique différente des grades histopathologiques et, d’autre part, par une épileptogénicité variable des cortex mis en jeu (22, 32, 41, 80). Ainsi, les gliomes infiltrants de bas grade de localisation paralimbique, et particulièrement de localisation insulaire, sont associés à un plus fort risque épileptique (40, 52, 80, 84, 108). Le volume tumoral est lié au risque épileptique, son effet étant dépendant du grade histopathologique : pour les gliomes infiltrants de bas grade, le risque épileptique augmente avec l’augmentation du volume tumoral du fait d’un envahissement cérébral plus important alors que pour les gliomes malins, le risque épileptique diminue avec l’augmentation du volume, du fait de l’installation rapide d’un effet de masse qui engendrera d’autres symptômes (80, 125). Il ne semble pas exister de relation entre le degré d’effet de masse, le degré d’œdème et le risque épileptique (108, 149).

Parmi les facteurs liés au gliome, il existe un lien fort entre le grade histopathologique de malignité et le risque épileptique (149). L’incidence de l’épilepsie lors du diagnostic est de 60 à 100% dans les gliomes de grade II, de 50 à 70% dans les gliomes de grade III et de 25 à 50% dans les gliomes de grade IV (6, 22, 26, 32-34, 66, 83, 84, 116, 119, 125, 132, 146, 149, 163). A titre de comparaison, l’incidence de l’épilepsie est proche de 100% pour les tumeurs dysembryoplasiques neuroépithéliales, entre 15 et 35% pour les métastases cérébrales, autour de 25% pour les méningiomes et autour de 10% pour les lymphomes cérébraux primitifs (146). Au-delà du grade histopathologique, il existe un lien entre le sous-type histopathologique et le risque épileptique : les oligodendrogliomes et les oligo-astrocytomes semblent plus épileptogènes que les astrocytomes (28) et, au sein des glioblastomes, l’épilepsie est plus fréquente dans les glioblastomes secondaires que dans les glioblastomesde novo, sans lien connu avec le statut IDH1/2 (44). Dans trois séries récentes de gliomes infiltrants de bas grade, le risque épileptique n’était cependant pas lié au sous-type histopathologique (108, 163, 164). Un lien semble exister entre un coefficientde prolifération élevé (Ki67 supérieur à 10%) et le risque de pharmacorésistance (163, 164).

L’impact des marqueurs moléculaires sur le risque épileptique commence à être étudié. Une étude récente portant sur plus de 500 gliomes infiltrants de bas gradea montré une absence de lien entre le risque épileptique et l’expression de p53, PTEN, proliferating cell nuclear antigen, matrix métalloprotéinase 9, EGFR, VEGF, P170, MGMT, glutathione s-transférase (163). Une seule étude a mis en évidence un lien entrel’absence de délétion 19q et un risque accru de crises épileptiques (67). Il n’a pas été mis en évidence de lien entre le statut de codélétion 1p19q et le risque épileptique (67, 95, 108). La présence d’une mutation IDH1/2 est associée à un risque accru d’épilepsie dans les gliomes infiltrants de bas grade(82, 140, 167).